Le leadership des femmes et leur
participation à la vie politique sont partout menacés. Les femmes sont
sous-représentées aussi bien comme électrices, que dans les fonctions
dirigeantes au sein des assemblées élues, dans l'administration publique ou
encore dans le secteur privé.
A travers le monde, la lutte
pour leur participation politique fut longue et jalonnée d’épines. Ainsi, à la
fin du 19e siècle, les premiers mouvements féministes, se
limitaient à réclamer des droits civiques. Ce n’est qu’au début du 20e
siècle que les femmes ont revendiqué le droit de vote. De nos jours, en plus du
droit de vote dont le combat n’a pas été facile à gagner, les femmes jouent un
rôle essentiel dans la vie politique. C’est pourquoi, elles revendiquent un peu
partout, des quotas visant à accroître le nombre de femmes élues
représentantes. Elles ont reconnu que la participation démocratique est la clé
permettant aux intérêts des femmes d'être représentés, de trouver une
légitimité sociale et une réponse politique durable. Si les femmes ont besoin
de la démocratie, la démocratie a également besoin d’elles.
Aujourd’hui, il est admis que le nombre
très faible de femmes qui occupent des fonctions publiques, la moyenne mondiale
actuelle étant de 20,9% au 1er juillet 2013[1]
à peine dans les assemblées nationales, constitue un déficit qu'il faut
redresser et témoignant d'une lente augmentation par rapport aux 11,3 % de 1995[2].
Alors que, la participation accrue des femmes à tous les niveaux de la
gouvernance démocratique locale, nationale et régionale diversifiera la nature
des assemblées démocratiques et permettra au processus de prise de décisions
publiques de répondre aux besoins des citoyens qui auraient été négligés par le
passé.
Au regard de ces statistiques,
on constate que la participation des femmes à la vie politique continue à
progresser (timidement) dans le monde entier, mais des « plafonds de verre » restent néanmoins bien présents pour les
femmes qui veulent accéder à des postes de hauts niveaux (espaces politiques et
décisionnels). En effet, les femmes sont
victimes d'inégalité et de discrimination, perpétuées par des habitudes et
pratiques profondément ancrées dans nos sociétés. Mais aussi leurs opinions et
leurs voix sont trop souvent mises de côté. Et ceci malgré leurs compétences
maintes fois démontrées, en tant que leaders et agents du changement, et en
dépit de leur droit de participer en toute égalité à la gouvernance
démocratique.
Malgré ces difficultés, un
certain nombre de règles et de normes internationales confèrent une place
essentielle au leadership des femmes et à leur participation à la vie
politique. En voici quelques unes:
Ø La déclaration universelle des droits de l’Homme, dans son
article 21, stipule que « Toute
personne a le droit de prendre part à la direction des affaires publiques de
son pays, soit directement, soit par l'intermédiaire de représentants librement
choisis.
Toute personne a droit à accéder, dans des conditions d'égalité, aux fonctions publiques de son pays» ;
Toute personne a droit à accéder, dans des conditions d'égalité, aux fonctions publiques de son pays» ;
Ø La Convention sur l'élimination de toutes les formes de discrimination à
l'égard des femmes, contient dans son article 7 des engagements relatifs à
la vie politique et publique et dans son article 8, des engagements relatifs à
la représentation ;
Ø La résolution 1990/15 du Conseil Economique
et Social des Nations Unies appelle les gouvernements, les
partis politiques, les syndicats, les organisations professionnelles et tous
les groupes représentatifs à adopter une représentation minimale de 30% de
femmes dans leurs instances dirigeantes, et d'atteindre éventuellement la
parité;
Ø Le Programme d'action de Beijing réitère
la résolution 1990/15 et traite de l'élimination des obstacles à
la participation publique de la femme dans toutes les sphères de la vie privée
ou publique via la parité dans les domaines économiques, sociaux, culturels et
en ce qui concerne le pouvoir décisionnel en matière de politique[3] ;
Ø La résolution de l'Assemblée
Générale des Nations Unies sur la participation des femmes à la vie politique
(A/RES/58/142) de 2003, stipule que les États membres
doivent, entre autres, prendre des mesures en vue de suivre les progrès de la
représentation des femmes , de mettre au point des mécanismes et des
programmes de formation qui encouragent les femmes à prendre part au processus
électoral et améliorent leur capacité d’exprimer leur suffrage en toute
connaissance de cause lors d’élections libres et régulières ;
Ø Le protocole sur les droits des
femmes en Afrique de l'Union Africaine ;
Ø La déclaration de l'Union Africaine
faisant de 2010-2020 la décennie de la femme africaine,
constitue une autre étape importante de cet engagement à promouvoir l'égalité
des sexes et l'autonomisation des femmes ;
Ø La résolution de l'Assemblée
générale des Nations Unies sur la participation des femmes à la vie politique
(A/RES/66/130) de 2011 insiste sur l’importance de la
contribution des femmes quel que soit le contexte. Elle appelle les États
membres des Nations Unies à adopter une série de mesures permettant d’impliquer
davantage les femmes marginalisées telles que les femmes autochtones, en
situation de handicap, rurales ou appartenant à une minorité ethnique,
culturelle ou religieuse dans tous les processus de prise de décisions, lever
les obstacles leur empêchant de prendre part à la vie politique et
d’accéder à des postes de prise de décisions et enfin de promouvoir la
reconnaissance de l'importance de la participation des femmes à tous les
niveaux du processus politique : communautaire, local, national et international.
Au regard de ces cadres légaux et en cette période
de défis mondiaux et interdépendants, il apparaît plus que nécessaire
d’exploiter le potentiel de la moitié de la population du monde en leur donnant
leurs droits et avoir leur siège aux tables de prise de décisions.
Aujourd’hui sur le plan national au Mali, beaucoup
de femmes ne peuvent pas participer à la politique, entravées par des facteurs
tels que, la pauvreté, les préjugés/stéréotypes, un faible niveau
d’instruction, la discrimination des femmes au moment de l’élaboration des listes de
candidature (mauvais rang sur les listes), les difficultés dans la constitution
des dossiers de candidature, la méconnaissance des textes (lois électorales,
charte des partis, etc.), les intrigues, la manipulation, le manque de moyens
financiers pour faire campagne, l’esprit d’adversité et de clan[4],
etc. Et à
cause de ces obstacles, nous perdons beaucoup de femmes leaders de qualité.
Par ailleurs, force est de reconnaître que diverses
dispositions légales nationales, reconnaissent la participation politique des femmes comme
fondamentale pour la démocratie et essentielle à la réalisation du
développement durable et de la paix. Au rang de ces dispositions, nous
citons :
-
La
constitution malienne, mentionne dans son préambule que le Peuple souverain
malien proclame sa détermination à défendre les droits de la femme, souscrit à la Déclaration universelle
des droits de l’Homme et de la Charte africaine des droits de l’Homme et des
Peuples. Et stipule également dans son article 2, que les maliens naissent et
demeurent libres et égaux en droits et devoirs. Toute discrimination fondée sur
l’origine raciale, la couleur, la langue, la race, le sexe, la religion et
l’opinion politique est prohibée ;
-
La
politique nationale genre, est une vision conjuguant démocratie, égalité et
croissance à travers une
société démocratique qui garantit l’épanouissement de toutes les femmes et les
hommes grâce au plein exercice de leurs droits égaux/fondamentaux, à une
citoyenneté active et participative et à l’accès équitable aux ressources, en
vue de faire du Mali un pays émergent, fort de sa croissance et fier de ses
valeurs de justice, de paix, de solidarité et de cohésion sociale.
ü Son Décret N°2014-0368-PM-RM du 27 mai 2014, fixe le
mécanisme institutionnel d’orientation, d’impulsion et de suivi de la mise en
œuvre de la Politique Nationale Genre du Mali ;
-
Projet
de loi institue des mesures pour promouvoir le genre dans
l’accès aux fonctions nominatives et électives (30% de femmes)[5].
Malheureusement ces différentes dispositions mentionnées
ci-dessus, souffrent dans leur application réelle/effective. A ce jour, on note
dans la sphère publique (postes électifs et nominatifs), une faible présence
des femmes. Les chiffres font ressortir ce constat:
-
927femmes
sur 10774 conseillers communaux, soit moins de 10%[6] ;
-
14
femmes sur 147 députés, soit 10% à l’élection législative de 2013 ;
-
5
femmes sur 31 ministres, (soit 11%) en 2014[7] ;
-
Sur
les 28 candidats à l’élection présidentielle de 2014, une seule femme candidate
était sur la liste (en résultat de classement, elle a été 16ème).
-
7
femmes sur 703 maires, soit 1% de l’élection communale 2009.
Dans la société civile, les femmes se sont engagées dans
la création et l’animation de nombreuses associations et ONG. Les ONG, elles,
pour une meilleure synergie entre les actions, ont été amenées à s’organiser en
collectifs pour travailler à l’avancement des prises de décisions
et du leadership féminin à tous les niveaux de la société, ainsi qu’à la
participation généralisée des femmes à la vie publique.
Et
particulièrement en milieu rural, cette problématique de leadership et de la
participation politique des femmes n’est pas nouvelle.C’est pourquoi, leur
participation dans les niveaux de décisions reste faible surtout pour les
postes de responsabilités alors que la grande masse des femmes ont toujours été
des actrices importantes du développement socio-économique. Elles participent
aux divisions traditionnelles du travail basées sur le sexe et l’âge, notamment
au sein des familles paysannes et artisanales. Paradoxalement, la place qui
leur est faite pour l’exercice des responsabilités et de la prise de décisions
dans la conduite des affaires publiques locales demeure très limitée.
Ceci se traduit par une faible représentativité des femmes dans les instances et organes de
prise des décisions, de gestion des affaires publiques, par une faible intégration
des priorités des femmes dans les plans et budgets communaux. Ces différents
problèmes trouvent leur source dans les cultures et
traditions des différentes communautés dont la réticence des hommes et
particulièrement du mari, le poids social qui pèse sur elles, la surcharge du calendrier de travail, les
lourdes tâches ménagères découlant de la division sociale du travail, un faible
taux d’analphabétisme et de niveau d’instruction, la pauvreté, la peur de
l’échec, le manque de solidarité entre elles, les effets de l’éducation
traditionnelle, etc.
Voilà pourquoi Oxfam Novib en partenariat avec les ONG AJA, Jeunesse &
Développement, One world Uk et Wildaf/Mali ont initié le projet « Femmes
Leaders et Jeunes Citoyens Travailleurs » afin de
promouvoir le leadership et la participation politique des femmes dans la
commune de Bancoumana. Nous reconnaissons que le leadership des femmes dans le
secteur privé entraînera une amélioration des résultats des entreprises. Et
nous savons que les pays qui comptent plus de femmes au sein de leur parlement
ont tendance à avoir des lois plus équitables, des programmes sociaux et des
budgets qui bénéficient aux femmes, aux enfants et aux familles[8].
Pour se faire, ledit projet s’est établi des axes
stratégiques permettant d'augmenter la participation (implication à tous les
niveaux du processus électoral) et le leadership des femmes, de promouvoir leur
autonomisation économique et de donner la priorité à l'égalité des sexes dans
les plans et budgets communaux, car les femmes doivent
avoir une participation et un leadership égaux dans la vie publique pour
améliorer leurs vies, leurs familles et leurs sociétés. Non seulement leur
engagement civique et politique est un droit humain, mais leur participation
est cruciale pour promouvoir des sociétés civiles prospères et des démocraties
qui fonctionnent.
Rédigé par:
Hadja Ténindiè SAMAKE
Chargée de Programmes à WILDAF/MALI
[1]
Union interparlementaire, juillet 2013.
[4]
Direction Nationale de la Promotion de la Femme, « Etude sur la participation
politique des femmes à la vie publique au Mali : Contraintes et Stratégies
pour le changement souhaité », février 2006.
[5]
Adopté au Conseil des Ministres du mercredi 30 juillet 2014 sur présentation du
Ministre de la Femme, de l’Enfant et de la Famille. NB : Le projet est
toujours à l’ère actuelle (03 septembre 2014) au niveau du Secrétariat Général
du Gouvernement, pas encore envoyé à l’Assemblée Nationale.
[6]
Communiqué Conseil des Ministres du
mercredi 30 juillet 2014.
[7]
En date du 03 septembre 2014
[8]
Référence au cas du Rwanda.
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